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La fin d'un géant

La fin d'un géant.


C'est avec un sentiment de regret que nombre de nos compatriotes ont constaté que la menace qui pesait depuis quelque temps sur la tête du platane de la bascule était mise à exécution.


Il faut reconnaître que depuis la disparition du mur de clôture du patronage catholique et la construction de la route menant à l'Hôtel des Postes, cet arbre magnifique était assez isolé et masquait la vue de la route de Lunel aux véhicules venant du boulevard Gabriel Péri.


Le souci de la sécurité des usagers de la route l'a finalement emporté sur celui de la conservation d'un témoin des siècles passés.


Ce platane géant est donc une victime du progrès et il a fallu huit jours à une équipe expérimentée et bien outillée pour en venir à bout.


C'était un géant par ses dimensions peu ordinaires, car il mesurait plus de quatre mètres de circonférence pour un mètre trente de diamètre. Sa masse imposante attirait l'attention des passants et inspirait la prudence aux conducteurs d'autos.


Beaucoup de suppositions ont été faites sur la date de sa plantation, mais aucune ne reposait sur une preuve réelle.


Grâce au témoignage de M. Gaston Daumas, ancien maire qui s'est toujours intéressé à l'histoire de notre petite ville ce mystère pu être éclairci.


La plantation du platane de la bascule et de celui du Temple a été effectuée en 1600 sous le règne du roi Henri IV.


C'est en 1922, en travaillant à un mémoire sur la Communauté et le « Chasteau de Marcilhargues en Languedoc » que M. Georges Rivais, alors pasteur à Gallargues fit cette découverte dans les archives communales.


Cet arbre avait donc 360 ans et au cours de sa longue existent il a été le témoin de bien des pages de notre histoire locale.


De événements politiques, religieux et sociaux se sont déroulés nombreux autour de lui et le carrefour qu'il encadrait a changé plusieurs fois d'aspect et gagné en étendue. On pourra s'en rendre compte, par ce qui suit :


En 1600, à quelques mètres du plant mis en terre se dressaient les fortifications qui ceinturaient notre cité.


Belle petite ville ainsi que le remarquait un secrétaire du roi Charles IX, lorsque celui-ci la visita en 1564.


Une porte sur laquelle débouchait la  rue (aujourd'hui Karl Marx) qui séparait la Gâche de Jonnery de celle de Gracie donnait accès à la route de Lunel.


Au début d'Août 1622 portes et remparts furent démolis après la prise d Marsillargues par les armées du roi, commandées par le duc de Montmorency.


La terre des fortifications fut étalée sur place et constitua ainsi des « Mottes ».


Ce n'est qu'en 1698-1699 que ces bandes de terrain furent plantées avec des ormeaux, dont il reste actuellement quelques rares survivants.


La bande de terre séparant le Parc du Château et des rues parallèles fut cédée au seigneur qui la clôtura d'un mur, bloquant la circulation dans toute cette partie du tour de ville.


La population avait vu d'un mauvais œil cette opération et en 1792, à la faveur de l'époque révolutionnaire, elle renversa le mur de clôture et reprit possession du terrain contesté.


Ce n'est qu'en 1842, que des platanes ayant été plantés, cette partie du tour de ville devint boulevard du Parc.


Entre temps, en 1777, sous le consulat de Louis Boulet presque sur l'emplacement de l'ancienne porte des remparts fut élevée une porte monumentale que l'on appela porte d'Aujargues, du nom sans doute du seigneur dont l'hôtel se trouvait à proximité.


Cette porte dont on peut admirer la beauté  sur un dessin déposé au Musée ne tint pas longtemps compagnie à notre arbre centenaire.


En 1866, Edouard Daumas étant maire, le Conseil Municipal constatant qu'elle empêchait la circulation des voitures, (on voit que le problème de la circulation ne date pas d'aujourd'hui), décida qu'elle serait démontée et reconstituée sur un emplacement qui restait à choisir ; mais quand il fut question de passer aux actes, on s'aperçut que les finances de la Commune, fortement déficitaires, ne permettaient pas cette dépense supplémentaire. La destruction fut décidée et réglée par une adjudication qui eut lieu le 13 mai 1866.


C'est à peu près vers cette époque qu'un agrandissement du carrefour fut décidé par la suppression de la salle d'asile qui se trouvait sur le devant des immeubles appartenant actuellement (1961) à M. Delon, Me. Drouillon et M. Letierce.


Sur le côté sud de la rue d'Aujargues, on supprima une partie de l'Orangerie (c'est sur la partie restante qu'a été construite l'école libre).


Sur le côté sud-ouest du croisement et séparés par le fossé, se trouvaient une grande croix de pierre et le bâtiment abritant l'octroi.


La croix fut abattue par des exaltés dans la nuit du 18 au 19 novembre 1899 et l'octroi devenu inutile et gênant pour la circulation fut supprimé quelques années plus tard par les services intéressés.


En 1926, on abattit les platanes, situés au nord de la route de Lunel, ainsi que ceux voisins de notre géant qui ceinturaient le Parc.


En 1927, les fossés furent recouverts et remplacés par des canalisations souterraines. En 1931 on supprima les platanes situés au sud de la route de Lunel.


Le carrefour gagnait en étendue et en visibilité et notre géant plus que tricentenaire voyait chaque jour son isolement grandir.


La démolition du mur de clôture du patronage catholique fut pour lui le coup de grâce ; les services publics jugeant alors son isolement dangereux pour la circulation décidèrent sa suppression.


Et c'est par une morne journée d'hiver, à l'aube de l'année 1961 que cet arbre vénérable encore plein de vie s'est couché, sapé dans ses œuvres vives par la pioche et la scie mécanique.


Le carrefour de la Bascule a plus que quadruplé en 400 an mais que de souvenirs des siècles passés se sont évanouis au souffle de la civilisation et du progrès.


Paul Pastre

Article paru dans le quotidien  Midi libre   13 janvier 1961.