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Le vieux pont

Le vieux pont.


Le conseil politique de Marsillargues soucieux d'améliorer les voies de communications avec le Gard, avait manifesté plusieurs fois son intention de faire construire un pont sur le Vidourle, mais pour des raisons diverses (instabilité des temps, mauvais état des finances locales) ce projet ne put être exécuté qu'en 1823.


L'endroit choisi fut le gué qui par le temps de très basses eaux permettait difficilement aux véhicules le franchissement de la rivière.


L'utilisation de ce gué fut en 1711 l'objet d'un procès que « l'Hoste du Grand Logis », auberge du pont de Lunel, fermier du péage de ce pont, intenta à la commune. D'après un vieil acte de 1468, rédigé en latin, les habitants de Marsillargues étaient exempts du droit de passage sur le pont de Lunel et l'Hoste du Grand Logis qui avait mobilisé commis et soldats pour empêcher le passage du gué fut débouté de sa réclamation.


C'est Monsieur Crassous ingénieur à Montpellier qui dressa le projet du pont,  malheureusement ce dernier ne comportait qu'une arche (la plus grande celle que l'on voit encore) ce qui rendait la rampe trop rapide et difficultueuse. Devant cet inconvénient le même ingénieur fut l'année suivante chargé de dresser le plan d'une rampe supplémentaire qui devait être percée de deux arches plus petites que la première. Ce projet accepté fut aussitôt mis à exécution.


La rampe fut reconstruite ainsi qu'un chemin pavé avec radier avant et arrière.


Ce radier était destiné à protéger la passerelle formée de belles pierres de taille vulgairement appelées « lei Passas ». Ces dernières d'environ 50 cm de haut permettaient le passage des piétons lorsque l'eau commençait à couvrir le chemin.


En 1840 ces travaux furent complétés sur la rive gauche par une rampe de 5 mètres 50 de large qui fut édifiée à côté de la scierie de Monsieur de Calvisson et par un mur de soutènement de 135 mètres de long qui empêchait les éboulements lors des Vidourlades. Rampe et mur sont encore visibles de nos jours.


Ce pont bizarre une fois construit l'était de telle façon que l'eau pouvait selon ses caprices passer dessous ou dessus. L'eau qui coulait sous la grande arche tombait dans le « Peiroou » et alimentait la canalette qui suivait la chaussée jusqu'après le moulin à vent. Cet endroit garanti des vents du Nord était l'hiver un emplacement apprécié des nombreuses lavandières qui encore au début du siècle hantaient les bords du Vidourle.


Aujourd'hui la machine à laver a détrôné « gamattes et battoirs » et rares sont celles qui continuent à laver leur linge à la rivière.


Le pont une fois construit l'on dut améliorer côté village, le passage qui permettait déjà aux véhicules l'accès du lit de la rivière. Une tranchée fut alors ouverte dans la chaussée face à la rue du Vidourle. Cette ouverture de 2 m 75 de hauteur sur plus de 3 mètres de large fut dotée d'un encadrement en ciment muni de deux encoches séparées d'environ 35 centimètres. Ces dernières étaient destinées à recevoir de fortes planches que l'on mettait en place lorsque l'eau menaçait d'atteindre la trouée.


L'ensemble reçut le nom de « Martilièras ». Lorsque le Vidourle était en crue et que retentissait les cris « an mes lei martilièras » la population savait que cela devenait sérieux. L'eau montait parfois jusqu'en haut des planches et passait dessus faisant subir à ces dernières une pression formidable qui jetait l'émoi dans tout le village.


C'est ce qui arriva plusieurs fois. Nous laissons à un témoin oculaire le soin de nous narrer les péripéties de la lutte qui se déroula dans la soirée du 26 septembre 1907.


Le 26, vers 5 heures du soir, une nouvelle crue se produisit plus rapide encore que celle de la veille ; à 8 heures les chaussées du Gard déversaient à nouveau ; à 9 heures les eaux montaient toujours et débordaient sur les martillières.


Tout à coup des cris terrifiants se font entendre (les planches se soulèvent entend-on de toutes parts), la panique s'empare de la foule qui se trouvait massée sur les digues, les femmes fuient à toutes jambes entraînant maris et enfants. Les éclairs qui zébraient le ciel donnaient à ce spectacle un caractère poignant.


Pour comble d'épouvante, le clairon sonna dans les rues pendant que les cloches sonnaient l'alarme.


Cependant tout n'était pas perdu ; une centaine de hardis et courageux citoyens parmi lesquels le Maire et les Adjoints restèrent sur les lieux pour conjurer le danger. Les maçons se mirent à démolir le mur du pont du fossé et les pierres furent portées sur les planches soulevées pour les maintenir. Des « demi muids » pleins de vin furent matés contre le barrage qui fléchissait, les vides furent comblés à l'aide de sacs de chaux ; en moins d'une heure, un rempart formidable, était dressé. Il n'y avait plus rien à craindre de ce côté-là.


A 10 heures, l'eau montait toujours et déversait sur l'escalier du café des fleurs ainsi qu'au bout du parapet après la gardette. Des lévadons furent immédiatement établis et l'eau maîtrisée.


Le Maire qui était resté dans l'eau pendant quatre heures avec les sauveteurs fit prévenir les habitants que le danger était atténué. Immédiatement la foule revint sur les lieux munie de lanternes. Le calme avait pénétré dans les esprits. La construction d'un nouveau pont en 1927 supprima les martellières et avec elles, l'inconvénient que présentait, face à la pression des eaux ce moyen de défense archaïque. A gauche et à droite des martellières, un escalier permettait l'accès de la chaussée.


Son mur d'échiffre plat et dépourvu de balustrade était construit de belles pierres « froides » très lisses. Elles servaient de glissoire aux enfants et avaient gagné à cet usage d'être devenues polies comme du verre. Ajoutons que ce genre de sport, qui faisait la joie des enfants, au grand dam de leur fond de culotte, n'était pas des plus prisé par les parents. Ceux qui ont vécu les vingt cinq premières années du siècle n'oublieront   jamais le   spectacle   magnifique   qu'était   alors l'arrivée   à   pied   d'une   course   de   taureaux.   Du   haut   des chaussées les spectateurs pouvaient suivre facilement et sans danger le cheminement des taureaux et des cavaliers du moulin des Ressas aux martellières, ce qui représentait plus de 300 mètres dans le lit du Vidourle.


 L'opposition de la foule au passage de la course se manifestait dès les martellières franchies. Les cavaliers qui connaissaient la manœuvre abordaient le couloir au grand galop pour éviter la dislocation. Pluie de paille, larges moulinets des vestes tenues à bout de bras, feux et parfois tonneaux et charretons mis en travers de la route étaient alors monnaie courante dans ce genre de jeu. Un concert assourdissant de cris accueillait chevaux et taureaux et les suivait à travers les rues jusqu'au plan où leur arrivée était alors saluée d'unanimes applaudissements.


La construction du nouveau pont a supprimé cette arrivée spectaculaire, l'une des plus belles de la région.


Les progrès réalisés dans l'amélioration des moyens de transports rendaient de plus en plus difficile et dangereuse l'utilisation du vieux pont. Il était d'autre part inutilisable dès la plus légère crue et cet inconvénient empêchait parfois l'enlèvement en temps utile de la récolte. Propriétaires et administration communale se mirent d'accord pour la création d'un syndicat ayant pour but la construction d'un pont praticable en tous temps et toutes saisons.


Les efforts de tous aboutirent et le nouveau pont fut inauguré le 29 septembre 1927.


Le pont gué fut abandonné et, ce que l'on comprend difficilement, voué sans rime ni raison à la destruction. On poussa même l'esprit de dévastation jusqu'à démanteler les trois ponts qu'on ne pouvait tout de même pas accuser de freiner l'écoulement des eaux.


Ses plus belles pierres furent brisées et transportées sur ce qui devait devenir le chemin du boulevard du Parc côté ouest mais qui 27 ans après ne l'est pas encore. Cette mutilation facilita le travail d'érosion des eaux et à voir ce qui reste actuellement du vieux pont on croirait facilement que la guerre a passé par là.


C'est un spectacle vraiment lamentable et qui ne fait pas honneur à l'esprit de conservation des hommes.


Paul Pastre.

Article paru dans le quotidien Midi libre du 28-6-1955