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Les moulins- Paul Pastre

LES MOULINS.



C'est probablement vers cette époque (fin X° siècle) que furent édifiés les moulins dont on aperçoit des vestiges sur les deux rives du Vidourle.


Faute de documents, l'on ne peut fixer la date exacte de leur construction, mais on sait qu'en 1197, l'abbé de Psalmody les céda à Raymond Gaucelm III, seigneur de Lunel, et qu'au XIIIe siècle, ainsi que l'atteste l'inscription « Provinciaux 1247 » gravée sur un mur du moulin de la rive gauche, des croisés de langue d'Oc y cantonnèrent en attendant leur embarquement pour la Terre Sainte.


En 1295, ils devinrent la propriété du roi Philippe le Bel qui les céda peu après à Guillaume de Nogaret, seigneur de Marsillargues depuis 1304.


Il ne reste plus que des murs délabrés du moulin situé sur la rive gauche et chaque Vidourlade importante sape ses fondations, au point que sa disparition n'est plus qu'une question de crues. Sur la petite porte donnant sur le barrage, subsistent encore les armoiries du Guillaume de Nogaret (un noyer dans un écusson) et plus bas, un chandelier à sept branches, principal accessoire du culte juif.


Lunel possédait au XIIe siècle une école juive très célèbre et ce coin pittoresque et ombragé devait être le rendez-vous de jeunesse estudiantine lunelloise.


Il demeura moulin à blé jusqu'au début du XIXe siècle, mais les emblavures diminuant d'année en année, il fut transformé en scierie de bards, ce qui lui valut d'être désigné par la suite sous le nom de moulin « des Ressas ».


Le moulin situé sur la rive droite, était plus important que son vis à vis. Il portait extérieurement et intérieurement de nom¬breux et curieux graffiti. La petite porte aujourd'hui disparue qui donnait sur l'écluse, portait dans sa partie haute, à main gauche et en gothique les lettres J.B.V. suivies des armoiries de la famille de Nogaret, immédiatement après et sur la même ligne se voyaient trois autres lettres E.P.V. avec au-dessus une petite fleur de lys, ce qui fait supposer qu'à une époque ce moulin appartenait à divers particuliers, desquels étaient Guillaume de Nogaret, conjointement avec le roi.


Ce moulin a subi au cours des siècles de si nombreuses transformations qu'il en a perdu sa silhouette primitive ; seules subsistent de la construction ancienne, et encore partiellement, la partie haute et la partie basse côté Est. Dans cette dernière, des inscriptions à moitié cachées par le limon étaient encore visibles il y a quelques années.


Il était composé de deux « membres » équipés chacun de deux meules et d'une roue. Les arcs de soutènement dans la partie basse portaient gravés en gothique, les noms de Balthazar et de Melchior.


Un troisième membre, équipé pareillement leur fut adjoint en 1644 par Jean Louis I de Louet, il fut appelé Tourville.


Cet agrandissement marque l'importance prise dans la com¬mune au XVIIe siècle par la culture des céréales. Par suite de la pénurie des transports et de l'instabilité des temps, chaque commune dans la mesure de ses possibilités, devait produire de quoi subvenir à l'alimentation de sa population. La fertilité du sol Marsillarguois facilitait pour nos ancêtres cette impérieuse nécessité.

 

A elle seule, la culture du blé couvrait plus de 800 hectares, contre 400 aux autres céréales (avoine, orge, etc.). La vigne occupait à peine 60 hectares, compris autour du village dans les quartiers de Langlon, du Marseillais, des Renardières, de Barrière, de Lauriol et de Cantadu. Ceci donne l'explication de l'absence de feuilles de vignes et de grappes de raisins dans les armoiries de notre village.


Ajoutons pour plus de précision que ces dernières enregistrées en 1697 dans l'Armoriai Général suivant un édit de Louis XIV, existaient depuis longtemps, le vin produit suffisant à couvrir les besoins de la population.


Les prés permettaient l'élevage de nombreux troupeaux d'ovins, groupant plusieurs milliers de têtes. Nos ancêtres produisaient donc, sur place, blé, viande et vin. On le voit notre village était des plus favorisés et comptait parmi les plus riches de la région.


Le secrétaire du roi Henri IV n'écrivait-il pas déjà le 3 avril 1596 « La dicte ville de Marsillargues est des anciennes et principales de notre païs, consistant en juridiction et seigneurie, belle et ample, assise en païs fertile de blé, vin, bétail et autres choses commodes et nécessaires, construite et édifiée de nombreuses maisons, habitants, marchandises, etc... ».

Article paru dans le  quotidien  Midi libre  du 31-5-1955.


Peu de changements notables survinrent au cours des XVII et XVIIIe siècles. Ce n'est que dans la première moitié du XIXe siècle que l'utilisation des bateaux à vapeur et l'extension du réseau ferroviaire dans la région (ligne Montpellier-Cette 1839 ; ligne Nîmes-Montpellier 1844) amenèrent un changement profond dans la situation économique du pays.


Grâce aux nouveaux moyens de transport, de grandes quantités de blé, en provenance de la Beauce et même de pays étrangers, vinrent concurrencer et éliminèrent peu à peu des marchés le blé Languedocien. Par contre le vin trouva dans le centre et à Paris des débouchés qui écoulèrent rapidement le surplus de la production régionale.


D'année en année, les emblavures diminuèrent et malgré les crises de 1854 (oïdium) et 1865 (phylloxéra), la culture de la vigne prit peu à peu de l'extension et transforma ainsi la basse plaine en un pays de monoculture. Localement l'activité des moulins s'en trouva évidemment affectée. Elle cessa complètement avant la fin du XIXe siècle.


En 1892, la culture des céréales ne couvrait plus que 392 hectares, alors que celle de la vigne était montée à 1818 hectares.


Dans les années qui suivirent les événements la population Marsillarguoise, en majorité républicaine, et opposée à tout établissement monarchique, se vit imposer par décision ministérielle la présence d'une brigade de gendarmerie.


Un crédit de 800 francs proposé pour le paiement du casernement refusé par le Conseil Général que présidait monsieur Lisbonne, inscrit d'office au budget par décision préfectorale et la gendarmerie installée dans le moulin de la rive droite (1876). Si nous en croyons nos sources elle n'y resta que six mois.


En 1900 ce moulin subit de nouveaux aménagements. Il fut transformé en usine électrique et pourvu d'une cheminée qui le coiffait agréablement. Le courant électrique fut lancé pour la première fois à Marsillargues le 22 Septembre 1900.


En  prévision d'un nouvel aménagement, cette cheminée fut abattue en Août 1950 et les travaux effectués depuis ont donné à cet édifice une silhouette moderne et originale.


Aux  périodes troubles de notre histoire (passage des routiers, guerres de religion, révolution) les moulins servirent de postes de guet et furent à plusieurs reprises ruinés et détruits, mais les murs épais de plus d'un mètre résistèrent au fer, au feu et à l’eau.


Actuellement des deux moulins, l'un apparaît presque tel qu'il était  il y a 800 ans, mais abandonné ne sera bientôt plus qu'un souvenir, l'autre transformé et méconnaissable a pris un nouveau départ.

Le destin des pierres est comme celui des hommes, le jouet du temps et des événements.

Article paru dans le  quotidien Midi libre  du   7-6-1955.

 


Paul Pastre.