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Les vendanges

Les vendanges.



Un enfant du pays, absent depuis longtemps, revenant ces jours-ci à Marsillargues aurait de la peine à reconnaître dans son déroulement actuel la fête-travail qu'était autrefois la récolte des raisins.


Les images qu'il aurait conservées du spectacle qu'offrait notre village à cette époque de l'année ne se présenteraient plus à ses yeux. C'est vainement qu'il attendrait au Pont du Vidourle, au Temple, au pont de Cambrai, à la Bascule, au Parc, et au Petit Temple, ces rassemblements d'hommes, de femmes et d'enfants sac au dos, ou panier au côté, discutant, caquetant, criant en attendant devant les tombereaux alignés que leur parviennent du clocher les six coups (heure solaire) donnant le signal du départ pour le travail.


Il ne verrait pas, comme autrefois, cette cohue bigarrée s'ébranler lentement en un long ruban vivant, jalonné de véhicules de toutes sortes, laissant un peu de sa substance à chaque quartier de vignes dépassé.


Si plus tard, l'envie le prenait de visiter le « terraîre »  ses yeux chercheraient inutilement sur le tapis verdoyant des vignes la ligne des grandes colles  de 16 ou 20 coupeuses «sautant» d'une souche à l'autre au muet commandement de la baylesse.  Il s'étonnerait de ne pas trouver juché sur le tombereau aux flancs débordant de raisins, la mince silhouette du trieur de feuilles, qui d'un geste mille fois répété débarrassait le chargement de leur inutile présence. Il ne retrouverait plus derrière la « colle », avec son seau sous le bras et plongeant comme un bouchon sur l'eau, la frimousse barbouillée du ramasseur de grains.

Il ne jouirait plus de ces moments de répit dans le travail qui permettaient aux vieux de souffler, aux amoureux de se bécoter, aux belles comme aux mauvaises voix de se faire entendre, aux « maoufaras »  d'en faire quelqu'une.


Tout cela a disparu ou presque. La rigueur des événements et la dureté des temps ont imposé leur loi et engendré le travail à forfait. Les effectifs sont réduits. Les éclopés, les vieux et les enfants sont éliminés ou s'embauchent difficilement. L'homme n'est plus qu'une machine à qui l'on demande le maximum de rendement.


La note poétique et pittoresque des tableaux qui composent les vendanges disparaît peu à peu et ne sera bientôt plus qu'un souvenir.


A l'intérieur du village, le changement est bien plus frappant. La présence des « montagnards » qui « descendaient » par centaines et donnaient à la vie du village une animation particulière a complètement disparu. On ne voit plus déambuler dans les rues leurs groupes joyeux, au patois rocailleux, tenant toute la largeur de la rue et martelant de leurs sabots de châtaigniers la surface inégale des pavés.

Disparu, ou presque, le « gémissement » des roues cerclées de fer, ployant sous le poids des raisins. Évanoui le claquement de fouet des charretiers. Tracteurs, remorques aux roues caoutchoutées et klaxons s'imposent tous les ans davantage. Dans les rues, l'odeur même du moût, parfumée et enivrante, n'effleure plus nos narines. Plus ou presque plus de cuves en ébullition qui, pareilles à un volcan en éruption, débordaient des limites qu'on leur assignait et laissaient couler au dehors leur écume bouillonnante et leur sang encore chaud. Disparu, le tic-tac régulier des pressoirs et la longue file de demi-muids pleins de vin nouveau avec leur bonde percée, d'où dépassait un mince roseau, mis souvent à contribution par les gamins désœuvrés.


Introuvable, le courtier armé de sa longue « lance » et de son grand panier garni de bouteilles à la recherche d'une cuve à échantillonner.

Tous ces tableaux journaliers et familiers qui composaient la vendange, autrefois, ne sont plus aujourd'hui que souvenirs. Il y a quarante ans, le travail pouvait être « dégusté » en l'accomplissant. Aujourd'hui le temps presse, il faut faire vite. L'homme s'écarte ainsi de plus en plus de la nature et ne peut pas apprécier toute la poésie qui s'en dégage. Permettez à celui qui écrit ces quelques lignes et qui a connu ces temps presque « lointains » de les regretter.


Paul Pastre.


Article    paru    dans    le     quotidien     Midi    Libre     du     14-9-1960.

  

LEXIQUE

terraîre = terroir


grandes colles = Équipe de travailleurs dans les vignes, surtout les vendangeurs.


baylesse = Directrice de la colle.


maoufaras = Ou maoufarass : galopin, chenapan, « enfant terrible » qui fait des bêtises en permanence.