Marsillargues info
Marsillargues Info - Actualités
Marsillargues Info - Conseils municipaux
Marsillargues Info - Elections
Marsillargues Info - Archives
Marsillargues Info - Vidéos
Marsillargues Info - Célébrités
Marsillargues Info - Histoires de Marsillargues
Marsillargues Info - Histoire de Marsillargues par Paul Pastre
Marsillargues Info - Histoire
Marsillargues Info - Traditions
Marsillargues Info - Liens
Marsillargues Info - Aux alentours
Marsillargues Info - Infos pratiques
Marsillargues Info - Liste des artisans
Marsillargues Info - Artistes
Marsillargues Info - Liste des Associations
Marsillargues Info - Liste des commerçants
Marsillargues Info - Contacts
Marsillargues Info - Histoire de Marsillargues par Paul Pastre

  

www.marsillargues.info

www.marsillargues.info, le nouveau site d'information sur la ville de Marsillargues (Hérault - 34590)

Vieilles pierres - Paul Pastre


Vieilles pierres


Dernièrement, une partie du moulin à eau attenant au barrage et situé sur la rive gauche du Vidourle, s'est renversée et se disloquant a catapulté sa partie supérieure dans la rivière.


Depuis que les pierres du premier étage avaient été enlevées, la façade sud de cette construction supportait directement à chaque crue, la formidable pression des eaux.


Quoique épais de plus d'un mètre, les murs n'ont pas résisté à ce lent travail de sape et de destruction et s'inclinant chaque fois davantage, leur chute était inéluctable.


Ce n'est qu'un vieux moulin qui s'en va par morceaux, mais son histoire se confondant avec celle de notre village, on ne peut que regretter sa disparition prochaine.


Les monuments anciens sont rares dans la commune et ce moulin est le plus ancien témoin du passé, encore visible à Marsillargues.


On ne connaît pas la date exacte de sa construction, les documents connus ne permettent de situer son existence qu'à partir du XIIe siècle, mais il est toutefois probable qu'il existait plusieurs siècles avant.

Ce qui est certain, c'est qu'en 1180, Gaucelin Raymond, seigneur de Lunel, fit acquisition de ce que l'abbé de Psalmodi possédait aux moulins de Marsillargues, situés sur le Vidourle, et qu'en 1197, il acquit les moulins eux-mêmes (l'autre moulin étant celui sur lequel a été édifiée l'usine électrique).

Il devient la propriété de Philippe le Bel en 1295, mais pas pour longtemps, car il passa quelques années après aux mains de Guillaume da Nogaret, seigneur de Marsillargues depuis 1304.


Ce dernier fit graver ses armoiries (noyer dans un écusson) au-dessus de la petite porte donnant accès sur la « resclaouza ».


Cette porte, aujourd'hui murée, et les armoiries encore visibles sont bien connues des baigneurs et des pêcheurs qui fréquen­tent ce lieu pittoresque.


Sur le même côté, mais plus bas, on aperçoit, gravé, un chan­delier à sept branches, l'un des principaux accessoires du culte juif.


Lunel possédait au XIIe siècle, une école juive très célèbre.


Ce coin du Vidourle, à l'époque certainement plus ombragé qu'aujourd'hui, devait être le rendez-vous de la jeunesse estudiantine juive, et cette inscription est, on peut le présumer, un souvenir durable de leur présence.


Lorsque le roi Saint-Louis prépara sa septième croisade, il réunit sur le littoral les soldats et les pèlerins qui devaient l'ac­compagner en Terre Sainte, Aigues-Mortes ne pouvant loger une si grande quantité de gens qu'un chroniqueur de l'époque compare « à des sauterelles couvrant toute la surface de la terre » force fut de les répartir dans les villages avoisinants.


Marsillargues dut recevoir un contingent de soldats. Une partie de ces derniers séjourna dans le vieux moulin, ainsi qu'en fait foi l'inscription suivante : « Provinciaux 1247 » gravée sur l'un des murs.


On sait que Provinciaux désignait à l'époque les Croisés parlant la langue d'Oc.


De 1568 à la paix de Saint-Germain (1570), Marsillargues fut le théâtre de luttes intestines entre protestants et catholiques, au cours desquelles le moulin fut détruit. Remis en état, il reprit toute son activité ainsi que le prouvent les nombreux baux passés au cours des XVII et XVIIIe siècles entre le seigneur de Marsillargues et divers habitants de la Communauté.


Désaffecté au cours du XIXe siècle il fut cédé presque au début du XXe siècle avec celui de la rive droite à une entreprise privée qui édifia sur ce dernier l'usine électrique.


Ainsi depuis au moins neuf siècles, ces pierres vénérables ont résisté à l'usure du temps et aux coups de boutoir du Vidourle en crue.


Mais tout a une fin, et maintenant, morceau par morceau, le vieux moulin s'en va, emportant avec lui les témoignages des siècles passés et l'un des chaînons qui nous lient encore aux générations disparues. C'est une page d'histoire qui va se fermant et que nous ne pourrons plus rouvrir.


Paul Pastre

Article paru dans le  quotidien Midi Libre le  24-7-1952.